Une nouvelle usine à gaz va bientôt apparaître le long du lac Kivu. Rassurez vous, il ne s’agît pas, hélas, d’un projet d’exploitation du gaz méthane, mais de la nouvelle idée qui a germé à Addis Abeba à l’issue d’une réunion de la Conférence internationale pour la sécurité dans les Grands Lacs. Les présidents Kabila et Kagame, qui se rencontraient enfin, ont entériné la proposition de leurs ministres : créer une « force internationale neutre » le long de la frontière commune. Les modalités suivront, les dates de déploiement aussi. Ces considérations matérielles devraient être finalisées lors d’une prochaine rencontre vers le 8 août.

Le temps de profiter de la trêve des diplomates, des congés payés des Occidentaux et de la pause des observateurs gênants pour conforter la position des uns, consolider la trahison des autres, infiltrer de nouveaux renforts, susciter, en ne payant pas les soldes dues, de nouvelles défections…Le temps de convaincre les Kivutiens que Kinshasa est incapable de les défendre et qu’il faudrait, peut –être, écouter les prometteurs de meilleurs jours, qui assurent que demain on rasera gratis et que chaque « républiquette » réussira à négocier en position de force face aux multinationales et aux gourmands alliés qui offriront leur protection « désintéressée » à des minorités réveillées pour les besoins de la cause.
En attendant, qu’il soit permis de poser quelques questions : n’y a-t-il pas déjà, sur la frontière entre le Rwanda et le Kivu, une « force internationale neutre », c’est-à-dire la Monusco ? Que font ces 18.000 hommes basés au Congo depuis dix ans ? Dépenser un budget colossal pour fermer les yeux et pratiquer la politique du « laissez faire laissez passer » ? Ou alors leur légendaire « neutralité » aurait-elle été mise en question le jour où ils ont décidé d’ouvrir les yeux et les oreilles et de communiquer publiquement ce que tout le monde savait déjà, à savoir que du Rwanda au Congo, il y avait des infiltrations d’hommes armés, recrutés au Rwanda par Dieu sait qui…
Bref, voilà la Monusco déconsidérée, à l’heure même où,- miracle voire nécessité de reconduction de son mandat- , elle avait laissé échapper quelques parcelles de vérité. La force onusienne devrait donc être « doublée » d’un autre force internationale qui, elle, sera supposée sereine et objective. Sera-t-elle pour autant bien vue par les populations locales ? Rien n’est moins sûr : cela nous rappelle qu’en août 1994, un temps de sinistre mémoire, de sinistre mémoire, les Nations unies, impuissantes à stopper le génocide, avaient fait appel à des Casques bleus éthiopiens qui avaient été déployés dans la zone qu’évacuaient les Français de l’Opération Turquoise. A l’époque, les Hutus, intoxiqués par la propagande, hurlaient que ces Ethiopiens n’étaient autres que des Tutsis du FPR, que l’on avait simplement coiffés d’un Casque bleu ! La confiance était nulle, les massacres de civils tutsis se poursuivaient…
D’où viendront les troupes, sans doute africaines, qui seront envoyées au Kivu ? On est loin de le savoir, mais il est certain qu’elles ne seront pas accueillies avec neutralité et bienveillance par les populations locales : les uns y distingueront des Tutsis déguisés, les autres des gens qui se laisseront rapidement tenter par les affaires, autant que d’autres, cependant mieux lotis au départ…
Au lieu de cette « usine à gaz », qui va coûter son poids de palabres et représenter un nouveau fardeau pour le Congo, ne serait-il pas plus simple, non seulement d’exiger que le Rwanda surveille plus attentivement sa frontière (puisqu’il paraît que Kigali ignore largement ce qui se passe du côté de Kinigi et de Bunagana…), étende l’autorité de l’Etat jusqu’aux confins de son territoire, mais aussi de prendre des mesures pratiques pour verrouiller des lieux aussi convoités. Nous l’avons déjà dit : doter la Monusco ou toute autre force de drônes, qui photographieraient la frontière et tous les mouvements qui s’y déroulent, serait déjà une mesure de nature à clarifier le débat. On verrait, clairement, d’où viennent les hommes en armes, les caisses de matériel et quelle est la direction qu’ils prennent. Une telle surveillance devrait, en principe, être de nature à rassurer Kigali : il deviendrait impossible aux FDLR d’effectuer des aller retour et même des allers simples non contrôlés.
Une autre mesure, apparemment coûteuse, pourrait s’avérer moins chère que le dédoublement de forces internationales et la convocation de commissions de vérification et autres dispendieuses et mensongères réunions : pourquoi ne pas demander à la Monusco d’étendre, tout le long de la frontière, les rouleaux de fil de fer barbelé dont les casques bleus entourent leurs camps retranchés afin de garantir leur propre sécurité (réfugiés et déplacés sont priés de camper à l’extérieur). Ces rouleaux portent le doux nom de Concertina. S’ils étaient déroulés et dûment surveillés, avec des systèmes d’alarme tels qu’il en existe dans les beaux quartiers de toutes les villes africaines, ces Concertina ne pourraient il pas empêcher le passage nocturne des camions chargés de minerais, obliger les infiltrés portant des caisses de munitions à se livrer à de difficiles exercices de gymnastique, crever les pneus des véhicules militaires… Le matin, les contrevenants seraient saisis, cisaille à la main ou électrocutés, et on verrait dans quel sens ils comptaient se diriger…
Les seules véritables victimes de ce dispositif, les seuls qui mériteraient notre compassion, sont les gorilles qui ont l’habitude de transiter librement entre le Congo et le Rwanda, au gré de la sécurité qu’ils trouvent d’un côté ou de l’autre de la frontière. Même eux, à l’avenir, devraient choisir leur camp et leur nationalité…
Utopie que tout cela ? Bien sûr, tout comme le simple établissement de la vérité. Fantasme sécuritaire ? Evidemment. Mais pas plus ridicule que le projet d’usine à gaz que les plombiers/diplomates sont en train de concocter, en faisant gagner du temps aux uns et perdre la vie aux autres.

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Posté par rwandaises.com