L’Union Africaine a présenté dans la plénière de janvier 2018 une évaluation de la Déclaration dite de Malabo (Guinée Equatoriale) faite en 2014. Cette Déclaration remplaçait celle de Maputo (Mozambique) faite quelques années avant. Elle concernait la production agricole de tous les 55 pays de l’Union.

Les deux déclarations avaient pour objectif la recherche d’une autosuffisance alimentaire de ce continent que les pays n’arrivent pas à approcher. Au début de l’année 2018 donc, cette évaluation a été présentée à la plénière pour examen. Elle a placé le Rwanda en première position sur l’ensemble des 55 Etats de l’Afrique. Pour l’ensemble des items évalués, le Rwanda a reçu 6.1 points sur 10, soit 61% des points en se mettant dans un langage habituel. Il a reçu une satisfaction et non une distinction comme le diraient les profs des campus. Mais il a eu quand même la première côte. C’est un point d’honneur pour lui d’avoir été champion cette année !

Pour l’ensemble, les résultats sont très dispersés. Le poursuivant direct du Rwanda, l’Ethiopie, n’a eu que 53% des points. En plus, 17 Membres de l’Union sur 55, soit 31%, ont été seuls jugés recevables, c’est-à-dire avoir atteint au moins 3.94 points sur 10. Voici le tableau qui présente ceux qui ont été reçus.

Tableau 1. La cotation des pays qui ont satisfait.

Comme on le voit, ceux qui ont réussi l’examen de passage sont au nombre de 17 sur l’ensemble des 55 Etats de l’Union Africaine. Mais il montre aussi que seulement 4 Etats sur les 17 qui ont satisfait ont eu une note égale ou supérieure à 50% des points, soit 7%. Mais aussi 12 Membres sur l’ensemble de l’Union, soit 22%, ont eu 0.0 point comme on peut le voir dans le tableau suivant !

Tableau 2. La cotation des pays en dessous de la limité établie.

Les deux tableaux peuvent être résumés par la carte suivante.

Cela montre que ces résultats ne sont pas très reluisants. On peut même affirmer que l’état de l’Agriculture africaine est encore très faible. Le rapport ne cherche d’ailleurs pas à le cacher. Il souligne que « the continent depends, at levels of 87% to 90%, on extra-African sources for all its imports of food and agricultural products”.

D’ailleurs, quand on a eu l’occasion de parcourir les forêts africaines, on voit que les agriculteurs de ce continent n’ont pas encore acquis les manières de travailler la terre des autres paysans du monde. Seulement quelques pays sont là comme des exceptions à la règle dont le Rwanda. La plupart d’entre eux pratiquent un nomadisme agricole ou pastoral. Il y en a même ceux vivent encore en grande partie de la cueillette et de la chasse.

Mais on peut encore évaluer le niveau de production de l’agriculture de l’Afrique en le comparant avec ce qui se passe dans les autres secteurs de l’économie. En prenant la production agricole du Rwanda, le pays le mieux côté de l’Afrique, on peut la comparer avec ce qui se passe dans les autres secteurs de son économie. Les revenus gagnés par les Banyarwanda proviennent des prestations faites dans divers secteurs de l’économie qu’on peut grouper en trois catégories : le secteur primaire dont le représentant le plus important est l’agriculture, le secteur secondaire composé des diverses industries de la transformation et le secteur des services. Toutes ces informations sont condensées dans le tableau suivant.

Tableau 3. Les origines des revenus (%) et leur évolution.
Année 2008 2015
Agriculture 30.8 30.2
Industries (total) 15.9 18.3
Services 53.3 51.5
Industries + Services 69.2 69.8
Total 100.0 100.0
Source : Annuaire statistique pour l’Afrique 2017 p.51 et nos calculs.

En sept ans, les secteurs de la transformation et des services ont gagné seulement 0.6% sur l’agriculture. Les industries ont gagné 2.4% et les services ont perdu 1.8%. C’est que le secteur agricole rwandais a besoin de beaucoup d’investissements pour apporter de façon significative sa part dans le développement en fournissant les matières première à transformer dans les industries ou tout simplement en mettant sur le marché des produits agricoles exportables. Les évolutions n’ont pas été significatives. Il faut absolument faire encore beaucoup d’effort pour transformer l’agriculture rwandaise si on projette d’en faire une agriculture professionnelle. Les chiffres ci-dessus peuvent encore être représentés graphiquement.

Graphique 1. Evolution des secteurs de production.

Les statistiques du continent montrent d’ailleurs que plus de 85% des consommations des produits agricoles proviennent de l’extérieur du continent (évaluation de la déclaration de Malabo en 2018). Il faut que l’agriculture joue le rôle qu’elle a joué au début de l’industrialisation des pays aujourd’hui développés. Malheureusement l’agriculture du Rwanda, même si elle est la mieux classée par rapport aux autres pays africains, est encore au stade où elle ne couvre pas totalement sa première fonction (les besoins alimentaires). Il est pourtant possible d’y parvenir et créer des surproductions sur la consommation des ménages pour l’industrie.

Mais aussi selon les informations fournies par l’Annuaire statistique de l’Afrique pour l’année 2017, la population active œuvrant dans l’agriculture s’élevait à 68% de tous les actifs en 2017. On peut dire que 70% des actifs du secteur agricole produisent 30% de la richesse totale du pays. Il faudrait au moins inverser les chiffres. C’est d’ailleurs ce qui était recommandé dans la Vision 2020, un plan que le Rwanda s’était donné au début de ce 21e siècle.

Tableau 3. Population et création des richesses dans les secteurs.

Source : Annuaire statistique 2017 pour l’Afrique.

Les deux blocs, Agriculture d’un côté et Industries+ Services de l’autre côté, sont restés pratiquement stables entre les deux dates. La réallocation intersectorielle de la main-d’œuvre en faveur de l’industrie et des services est encore très timide. C’est là où se trouve le nœud du problème. L’économie rwandaise se trouve ainsi au début de son développement. Pour réussir son décollage, il faut que le gros des actifs trouve leur emploi dans le secteur secondaire et tertiaire. Voici encore sa représentation graphique.

Graphique 2. Population et création des richesses au Rwanda.

Cette réallocation intersectorielle de la main-d’œuvre souhaitée est le contraire de l’exode rural observé dans la plupart des pays de l’Afrique centrale. Celui-ci est une fuite en avant. On part sans savoir de quoi on vivra demain. La réallocation signifie que ces départs sont organisés ; les gens quittant l’Agriculture pour aller travailler dans les autres secteurs de l’économie sur demande de ces derniers. Sachant que l’agriculture crée peu de richesse par rapport à ce qui se fait dans les industries et les services dans son état actuel, il s’en suivra une augmentation du taux d’accroissement du produit intérieur brut. Etant donnée la masse des actifs qui y travaillent, le relèvement de la richesse du pays est une nécessité et passera nécessairement par le relèvement des conditions de productivité de cette population agricole. En investissant dans l’Agriculture, il est possible de rehausser son niveau de productivité. C’est ce qu’ont fait les pays développés. Chez eux, l’Agriculture est devenue une véritable Industrie. Ils ont mis les intrants nécessaires pour y parvenir. Ici on n’entend pas seulement les intrants classiques pour la production agricole (fertilisants, mécanisation agricole, eau, etc.). Ils y ont mis aussi des systèmes de gestion rigoureux qui diminuent les pertes sur toute la chaîne de production et de récolte. C’est comme ça qu’ils nourrissent ceux qui peuvent produire toute l’année (pays tropicaux) alors qu’ils ne produisent qu’une fois par an. Ils produisent au cours du printemps et de l’été alors qu’en Afrique, nous pouvons produire toute l’année ! Cependant, il n’est pas très tard pour se redresser.

La première place du Rwanda en Afrique est un bon indicateur de ce qu’il peut faire. Il faut lui donner les moyens pour réussir, notamment en matière d’aménagement du territoire et d’irrigation. Les effets dévastateurs de la pluie tombée au cours de la saison agricole 2018 ont montré le niveau de destruction qu’un pays non aménagé peut connaître.

En plus, il a une potentialité que les autres pays d’Afrique n’ont pas : sa population dense. Il reste à la mobiliser correctement. Il y a des exemples à suivre.

En 1949, le président Mao n’avait aucun sous pour produire. Il a pourtant créé un miracle qui saute à nos yeux aujourd’hui. Déjà en 1957, la famine qui sévissait en Chine depuis quatre siècles avait disparu ! Il avait seulement mobilisé le milliard de chinois à sa disposition !

Redigé par Simon Sebagabo Muvunyi, Economiste agricole.

http://fr.igihe.com/economie/l-image-de-l-agriculture-en-afrique-en-general-et.html

Posté le 21/06/2018 par rwandaises.com