Différents rapports d’évaluation des nations unies sur la tutelle belge avaient émis des critiques sur la politique coloniale.

En 1951, suite aux pressions des nations unies, la Belgique publia « un plan décennal pour le développement économique et social du Ruanda-Burundi ».

L’année d’après, un décret transférait certaines prérogatives au Mwami et instituait par la même occasion des conseils de sous-chefferie.

Le 1 avril 1954, le Mwami Rudahigwa mit fin au système d’ « Ubuhake ».

L’élite rwandaise, à l’instar d’autres pays Africains, prenait de plus en plus conscience des méfaits de la colonisation.

Les sujets du Roi se lassaient des multiples formes d’humiliations et d’injustices subies quotidiennement.

Ce mouvement se propageait sur le continent Africain comme une trainée de poudre.

L’administration belge épaulée par la puissante et très influente église catholique prirent fait et cause pour les hutus et préparèrent un plan macabre pour renverser la royauté.

Ils vont mettre les outils de la propagande en place.

Ils vont aider à la rédaction et la diffusion des tracts anti Batutsi et insidieusement la Royauté.

Le journal de l’église catholique Kinyamateka va tourner à plein régime sur ce thème et en 1956, Kayibanda y sera promu Rédacteur en Chef.

Des élections locales étaient prévues vers la fin de l’année 1959. Les partis politiques prirent naissance dont le plus important sera l’Union Nationale Rwandaise « UNAR ».

Parti monarchiste et progressiste, il réclame l’indépendance immédiate et bénéficie du soutien de la cour et des chefs.

L’administration belge et l’église catholique s’activeront et porteront à bout de bras l’émergence du Parti pour l’Emancipation du Peuple Muhutu « Parmehutu ». Tout un programme !

Ce parti est exclusivement Muhutu en atteste son « Manifeste des Bahutus ». En février 1959, Mgr Perraudin prendra position ouvertement et annoncera le soutien de l’Eglise aux thèses du Parmehutu.

Le décès ou l’assassinat du Mwami Rudahigwa le 25 juillet 1959 à Bujumbura provoquera une onde de choc dans le pays. Les étapes du plan s’accélèrent.

Le résident Harroy avait prévu la désignation d’un Régent. A la surprise générale, les « Abiru » intronisèrent KIGELI Ndahindurwa lors des funérailles.

Harroy va s’en prendre ouvertement aux Chefs les plus influents qu’étaient sont Kayihura, Mungarurire et Rwangobwa.

Une campagne de mobilisation et d’incitation au meurtre des tutsis sera orchestrée et entretenue.

En novembre 1959, une gifle reçue par Mbonyumutwa servira de prétexte au premier pogrom anti Batutsi.

Assassinats des Batutsi, incendies des maisons, pillages des biens et abattage du bétail. Beaucoup vont y laisser la vie et les rescapés prendront le chemin de l’exil.
Le colonel Logiest mettra les éléments de l’armée en soutien aux « chasseurs des Batutsi ». Manifestement, les assassins, les pillards et les incendiaires sont encadrés par les autorités.

Depuis, les tutsis seront victimes des machinations sordides les accusant à tort. L’instrumentalisation ethnique sera le fil conducteur de la politique du pays. Dans ses formes les plus directes ou insidieuses, cette pratique fut ériger en mode de gouvernement.

Et les pogroms vont se succéder : 1959, 1963, 1967, 1973, 1990, 1992 jusqu’au génocide contre les Batutsi en 1994.

Les expressions désignant les tutsis pour les déshumaniser seront multiples (cancrelats, serpent, étranger…) et vont varier en intensité comme en contenu. Et les motivations seront conscientes.

Les périodes de crise de régime seront propices à l’accroissement du phénomène, le développement de la théorie du complot qui corrompt les citoyens et vise à détruire l’ennemi désigné qu’est le Mututsi.

Les autorités à tous les niveaux de l’Etat rejetteront la responsabilité des manquements dans la gestion du pays sur le bouc émissaire entrainant des assassinats et des milliers des refugiés.

En janvier 1961, l’administration belge assurera la logistique pour la réunion de Gitarama en vue de la proclamation de la République !

Les nations unies adopteront la résolution 1605 et exigèrent des élections législatives ainsi que l’organisation d’un referendum sur la monarchie.

Mais la Belgique avait pris le devant en reconnaissant la République proclamée à Gitarama.

A l’accession du Rwanda à l’indépendance, Kayibanda en sera le Président et le parmehutu un parti unique de fait depuis 1965.

Il ne tardera pas à subir les contrecoups de l’exercice solitaire du pouvoir et connaitra les dissensions et oppositions internes.

Les rivalités se feront jour et les mécontentements liés à la distribution des prébendes s’afficheront.

Le pouvoir va se rétrécir et s’arque bouter sur un petit noyau de Gitarama.

Son essoufflement en 1973 fera appel une dernière fois à la solidarité ethnique. Tandis qu’une guerre sournoise oppose « Kiga et Nduga », les Batutsi en payeront encore une fois le prix.

En effet, une purge et des violences contre eux vont envahir les administrations, les écoles et université.

Un certain « comité de salut public » affichera des listes des tutsis à pourchasser.

Le 5 juillet 1973, un coup d’Etat mené par les officiers Kiga prendra le pouvoir. Kayibanda et ses congénères subiront des traitements inhumains et dégradants jusqu’à la mort.

C’était prévisible, une prétendue révolution sans révolutionnaires qualifiée « d’assistée » par Logiest.

Une gestion du pays fondés sur les pulsions populistes et identitaires desquels tout était discorde et confusion. Mgr Perraudin, père du Parmehutu et son fils spirituel Kayibanda

Redigé par Tite Gatabazi Le 4 novembre 2021

http://fr.igihe.com/1959-Une-revolution-sans-revolutionnaires.html