Un génocide est-il entrain de se perpétrer contre les Batutsi du Burundi sous une forme larvée ? Pourquoi les personnalités de la région se taisent-elles comme si elles ne voient rien se passer ?

Au sortir de la guerre de libération et du génocide en 1994, l’alors frais rebelle Paul Kagame, commandant en chef des forces APR/Armée Patriotique Rwandaise libératrices du Rwanda, devant un délabrement total de la société rwandaise, de ses structures administratives, de ses ressources humaines et de ses infrastructures socio économiques, a bombé son torse pour déclarer que « jamais je ne tolèrerais plus voir se consommer un autre génocide (au Rwanda et dans la région) ».

Il est vrai qu’il a tout fait pour reconstruire patiemment sa nation et mettre sur pied des stratégies efficaces intérieures pour juguler ce mal social profond. Pourtant son voisin du sud, le Burundi, lui envoyé une centaine de milliers de réfugiés burundais en l’an 2015. La plupart d’entre eux se plaignaient fuir un génocide des Tutsi que se commettait dans leur pays.

Comme pour témoigner qu’il n’a pas oublié ce qu’il a dit ou montrer qu’il n’a pas du tout changé de position à ce sujet, pressé par ce journaliste de confirmer si un génocide des Tutsi en cours au Burundi, il a déclaré au cours d’une conférence de presse à l’issu du 13è Dialogue National : « Pour ce qui est de la situation au Burundi, il ne tient pas à nous de déclarer que telle ou telle situation sociale relève du génocide ou non. Il est de la responsabilité des agences internationals, l’ONU”.

Depuis lors, une enquête des experts des Nations Unies vient d’être publiée. Elle aura pris beaucoup de temps plus que de raison. Elle reste vague sur la question et charge la Procureure près la CPI, Mme Fatou Bensouda, de donner plus d’eclaircissement là dessus.

Une liste de 32 hautes personnalités burundaises très impliquées dans ce génocide à petite et continue dose circule sur les réseaux sociaux incitant la Procureure à émettre des mandats d’arrêt internationaux à leur encontre.

Ce rapport onusien survient dans une situation où chaque Chef d’Etat des Etats signataires du membership de la Communauté économique semble vaquer à ses priorités nationales ou régionales. Ce rapport survient au moment où le Kenyan Uhuru Kenyatta, Museveni l’Ugandais et médiateur dans le conflit burundais et Kagame le Rwandais tous pensent en priorité construire un Corridor Nord efficace avec une ligne ferroviaire rehabilitee et rénovée. Tous les trios pensent prioritairement des projets de développement et d’exploitation des resources naturelles de la région. Pour cela, ils veulent impliquer dans l’union la RDC et le Sud Soudan pour que cette voie ferrée ne tourney pas à vide.

Dans cette saga économique, ces Chefs d’Etat ont oublié les facteurs d’instabilité et le génocide larvé des Tutsi qui peut embraser si pas toute la région, du moins le Rwanda voisin qui épouse beaucoup de similitudes historico culturelles. Profondément anglophiles, ils promeuvent le pragmatisme comme mode de gouvernance sociale et politique. Ils croient et fondent beaucoup d’espoirs sur le fait que le foisonnement d’activités économiques nationales et transfrontalières au sein de l’Union EAC peut résoudre des questions sentimentales negatives de peuples arriérés qui nagent dans des divisions ethnocentrées ou régionales leur laissées par des administrations antérieures qui n’ont pas réfléchi sur les possibilités et les opportunités offertes pour transformer la vie socio économique de leurs nations et, partant, faire évoluer les mentalités sociales pour, tous et sans exception, entrer dans l’économie de marché.

Deux blocs culturels, deux dimensions

La gouvernance post indépendance du Burundi et du Rwanda a toujours été entachée de sentiments ethniques et régionalisants au point que des pogroms contre les Tutsi ont été tentés et réussis au Rwanda en 1959-1961-1973 pour atteindre leur point culminant en 1994 avec une tentative de solution finale et le genocide commis par le gouvernement d’alors. Sous forme de vases communicants, une situation d’insécurité se transmettait d’un pays à l’autre.

La situation burundaise actuelle épouse en tous points la rwandaise de 1994. Dans cette dernière, des éléments burundais assimilés aux réfugiés de 1972, ont participé activement en 1994 sur les collines rwandaises au génocide perpétré contre les Tutsi.

Au moment où l’actuel rapport onusien sur le Burundi épingle des autorités locales comme des gens sur qui present sérieusement des crimes contre l’humanité, du moment que ce rapport parle d’une “milice Imbonerakure”, jeunesse du parti au pouvoir, qui se comporte comme puissante et ayant des sentiments à fleur de peau, quoi si une occasion de déclenchement des hostilities s’offrait ? Jusqu’où cette jeunesse sérieusement instrumentalisée exporterait-elle sa violence ? A Bugarama, Kamembe, Huye, Nyanza, Muhanga puis Kigali et au delà ?

Si au Rwanda, le régime actuel a assis toute une batterie de stratégies pour résorber la jeunesse dans des activités économiques génératrices de revenus, il n’est pas question d’un bouton d’extinction d’électricité. Les mentalités et dispositions intellectuelles des gens dans une société, quand ells sont incrustées dans la conscience sociale, il est difficile de les éradiquer surtout dans une situation d’un capitalisme rwandais à grande vitesse. Celui-ci fait émerger peu de gens. Il se compte sur le bout de doigt des hommes d’affaires qui réussissent et sortent de la cohue au moment où il y a des millions de concurrents qui tombent bas, concurrence économique aidant. Cela crée des frustrations qui sont vite exploitées par des politiciens véreux.

Et dans une arène rwandaise qu’on force à la discipline et au consensualisme économique, les ambitieux politiques négatives se créent un secteur informel et agissent dans l’ombre pour empoisonner certains esprits predisposes.

Parmi ces politiciens, outre ceux qui sont dans les geôles jugés pour des tentatives de former ou de collaborer avec des groups armés, pour brandir les ideologies separatistes et ségregationnistes, d’autres restent libres et dans la diaspora. Tels l’abbé Thomas Nahimana avec son parti ISHEMA RY’ABATARIPFANA, ils s’enorgueillissent d’avoir créé partout dans le monde et particulièment au Rwanda, des cellules de six personnes chacune. Cet abbé, plus subtil et macchiavélisue que ceux qui, officiellement s’en targuent, seul le chef de la Cellule est connu du public, les members restant et operant dans l’ombre. Une telle organization fait froid dans le dos. Tout peut se faire dans cette structure politique. Les ordres du chef sont vite executes, surtout les pires.

Et, de fil en aiguille, on comprend qu’avec un phenomène d’osmose, le Burundi et le Rwanda, frères siamois, entretiennent un feu qui, s’il n’est pas maîtrisé, le cratère pourrait exploser entrainant des pertes collaterales énormes dans tous les pays de la Communauté de l’Afrique de l’Est avec une intensité variant d’un pays à l’autre. Les Etats de la région devraient donc monter un observatoire de la paix fait de sociologues rompus en la matière à l’instar de l’ICG/International Crisis Group. La différence entre les deux, c’est que l’Observatoire de l’EAC, organe interEtats comme le Secrétariat Général de l’EAC ou l’EALA/East African Legislative Assembly…, fonctionnerait comme un watch dog autonome mais entièrement financé par l’EAC pour jauger dans le petit détail les défis auxquels sont confrontés les Etats membres pour immédiatemment y apporter des tentatives de solutions.

Publié par Jovin Ndayishimiye

http://fr.igihe.com/droits-humains/burundi-epicentre-d-un-nouveau-genocide-des-tutsi.html
Posté le 12/09/2017 par rwandaises.com