Une des rares réunions associant tous les acteurs libyens et à laquelle a participé le camp des Kadhafi est celle organisée à Alger en avril 2015. Par Lyès Menacer

 

La puissante tribu des Ouled Slimane et celle des Kedadfa, à laquelle appartenait le défunt guide Mouammar Kadhafi, ont enterré mardi soir la hache de guerre et scellé leur réconciliation, a-t-on appris dans une déclaration commune rendue publique au terme d’une réunion de deux jours à Syrte.

Rappelant « les liens de fraternité historique qui lient les tribus des Kedadfa et des Ouled Slimane », les représentants des deux parties ont annoncé la mise en place prochainement de commissions pour dissiper tous différends les opposants, notamment après la révolte populaire de 2011 qui a conduit à la chute de l’ancien régime de Tripoli. Elles se sont également engagées « à frapper d’une main de fer contre tous ceux qui sèment la haine et la discorde entre les différentes composantes de la société libyenne », lit-on encore dans ce texte.

Les Kedadfa et les Ouled Slimane ont aussi dénoncé les interférences étrangères, affirmant que la solution à la crise libyenne est entre les mains des Libyens eux-mêmes.

« Les deux tribus sont pleinement conscientes de l’ampleur de l’ingérence étrangère dans les affaires du pays et qui ne travaille que l’agenda des puissances étrangères ». « Les plus hauts intérêts de la Libye sont entre les mains des Libyens. Ils ne peuvent être atteints et préservés sans les enfants du pays qui ne marchandent pas leur terre et ne voient pas en lui qu’un vaste champ pétrolier », a ajouté le communiqué signé dans la petite localité de H’raoua, près de Syrte, que la branche libyenne de l’autoproclamé État islamique avait utilisé comme son fief, avant d’être anéanti.

L’accord de réconciliation conclu entre les deux tribus est le signe de deux faits majeurs pour une sortie de crise en Libye. Cela signifie que rien ne se fera sans l’assentiment des tribus qui demeurent un des principaux acteurs dans le jeu politique dans ce pays. Sans les tribus, le controversé maréchal Khalifa Haftar n’aurait pas eu les coudées franches pour mener une offensive aussi importante dans le Sud libyen, où la tribu des Ouled Slimane est très influente.

Deuxième fait important, la signature d’un accord avec les Kedadfa ouvre la voie à un retour du camp des Kadhafi et pour ses partisans sur la scène politique libyenne. Seif al-Islam Kadhafi, fils de l’ancien dirigeant libyen, a déjà annoncé son intention de se porter candidat à la prochaine présidentielle. Le fils Kadhafi bénéficie du soutien de sa tribu, mais il ne peut prétendre à revenir en politique sans l’implication des Kedadfa dans le processus politique en cours, à laquelle sont hostiles de nombreuses parties libyennes, malgré les appels insistants pour un dialogue libyen-libyen inclusif. L’appui des Ouled Slimane peut s’avérer déterminant pour lui, surtout que de nombreux acteurs intérieurs et extérieurs voient en lui celui qui sortira le pays de l’actuelle crise, même s’il demeure sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, pour « crime de guerre » en Libye.

Par www.rwanda-podium.org

Posté le 17/02/2019 par rwandaises