Dès son premier mandat, Donald Trump a manifesté son désir d’acquérir le Groenland, territoire danois depuis
le XVIe siècle. Ces propos, initialement accueillis avec scepticisme, ont ressurgi lors de son retour au pouvoir
en janvier 2025, ravivant l’intérêt américain pour cette colonie arctique danoise.
Lesdéclarations delaMaisonBlancheconcernantlaconvoitisedu Groenland,initialementperçuescommeune
extravaganteaberration,ontprisunetoutenouvelletournureavecl’enlèvementduprésidentvénézuélien
légitimele3janvier.Cepassagedelafantaisieàl’actionarévéléàla communauté internationale la
déterminationdesÉtats-Unisd’Amérique,souslaprésidenceTrump,àtransgresserledroitinternational,au
besoin, afin d’obtenir les bénéfices géo-économiques unilatéraux.
Les prétextes fallacieux
Lesprétextesdrapésdansdesjustificationssécuritairesantirussesetantichinoises,quebranditlaprésidence
américaine pour justifier sa volonté de s’approprier l’île du Groenland, ne sont que des mensonges caractérisés
que la MaisonBlanche neprend même pasla peine decamoufler davantage.L’époque où l’onexhibait àl’ONU
une prétendue fiole d’anthrax, comme le fit le secrétaire d’État américain Colin Powell le 5 février 2003, pour
maquiller l’invasion de l’Irak sous un vernis de légitimité, semble révolue. Cette mascarade avait alors servi de
prétexte pour déclencher la destruction d’un pays et le massacre de son peuple.
L’anéantissement de l’Irak, ne nous y trompons pas, n’était pas un but en soi, mais la conséquence inéluctable
d’unestratégieaméricaine.Lavéritablemotivationrésidaitdanslanécessitédeneutraliserl’initiativede
Saddam Hussein contre le « pétrodollar ».
En octobre 2000, le président irakien avait osé déclarer son intention de ne plus vendre son pétrole contre des
dollarsaméricains,maisuniquement contredes euros.Une telleaudace valaitlasignature deson proprearrêt de
mort. En février 2003, Saddam Hussein mit sa « menace » à exécution en vendant plus de 3 milliards de barils
de pétrole brut pour 26 milliards d’euros. Un mois plus tard, les États-Unis envahissaient et détruisaient l’Irak,
infligeantaupeupleirakienunetragédiemarquéeparl’anéantissementdesinfrastructuresetunnombre
effroyable de victimes civiles.
Forte de l’impunité judiciaire totale dont jouissent les crimes contre l’humanité commis par les gouvernements
successifs desEtats-Unis, ils nesedonnent plusla peinede les couvrirpar desnarrationsne serait-cequ’un peu
crédibles aux yeux de la communauté internationale. Nul besoin, donc, de déployer des efforts de
communication supplémentaires pour préparer l’annexion du Groenland, que ce soit de gré ou de force.
Lavéritableraison de la convoitise américaine pour cettezone polaire peu hospitalière réside incontestablement
danslesgigantesquesréservesdematièrespremièresqu’ellerecèle,tantdanssonsous-solquedansles
profondeursdel’océan Arctique,au seinde la zone économique exclusive (ZEE) danoisequi s’étend jusqu’à 200
millesmarins descôtes du Groenland (370,42 km) et confère à sondétenteur des droits souverains en matière de
ressources économiques.
Si le Groenland venait à passer sous l’autorité américaine, le fait que l’extraction américaine de terres rares et
d’uranium se fasse sans consulter les populations autochtones serait une considération secondaire, une simple
formalité qui sera ignorée à Washington. En 2021, pourtant, ces populations avaient réussi à bloquer le début
d’unetelle exploitation (affaire d’Energy Transition Minerals),afindepréserver leurs moyensdesubsistance
traditionnelsd’unepollutionimminente.ComptetenudesenjeuxéconomiquespourlesÉtats-Unis,ilest
prévisibleque l’opinion despopulationsautochtonessur cesujetnesusciterapasplusd’intérêtquel’avisdes
Européens concernant l’annexion de l’île. Cette indifférence stratégique s’inscrit dans une logique géopolitique
et économique oùles intérêts nationaux prévalent surles considérations éthiques oules droits desminorités. De
plus, l’histoire des relations entre les États-Unis et les peuples autochtones est profondément marquée par une
marginalisation systématique de ces derniers dans les processus décisionnels concernant leurs propres
territoires et ressources.
«Un conflit ou une tentative d’annexion du territoire d’un pays membre de l’OTAN par un autre pays également
membre de l’OTAN serait la fin du monde tel que nous le connaissons », a déclaré le Premier ministre polonais
Tusk.Unedéclarationquisembleignorerquelapréservationdumondetelquenousleconnaissonsestla
dernière des préoccupations du maître d’Outre-Atlantique.
La présence américaine au Groenland
Contrairementaux insinuations fallacieuses, la présencemilitaireaméricainedans l’océan Arctiquenenécessite
nullementl’annexionduGroenlandnisatransformationenterritoirenationaldesÉtats-Unis.Enréalité,les
forcesarméesaméricainessontstationnéesenpermanencesurcetteîlearctiquedepuislaSecondeGuerre
mondiale,uneprésenceofficialiséedès1951parunaccordbilatéralaméricano-danois(Accorddu27avril
1951).CetaccordconfèreàWashingtonD.C.unelatituded’actionmilitairesignificativedanslarégion
arctique.
À ce jour, la base aérienne de Pituffik (Thulé Air Base)demeure la seule installation militaire américaine active
au Groenland.
Les déclarations occasionnelles de Donald Trump, telles que celles sur Truth Social, suggérant que « L’OTAN
deviendrait plus redoutable et efficace si le Groenland était entre les mains des États-Unis. Tout ce qui est en-
deçà de cela est inacceptable », n’altèrent pas la nature juridique de l’accord existant.
Il ne fait aucun doute que, si les circonstances l’exigeaient, les États-Unis pourraient accroître très
considérablement leur présence militaire sur l’île, même si cette dernière demeure sous la souveraineté danoise.
Les hypocrisies de l’Union Européenne
À ce jour, seuls sixdes vingt-septÉtats membres del’Union Européenne,abstraction faite duDanemark, ont
formalisé leur position par une déclaration officielle condamnant l’initiative des États-Unis d’Amérique vis-à-
visduGroenland(déclarationconjointedu6janvier,émanantd’Allemagne,duRoyaume-Uni,deFrance,
d’Italie, de Pologne et d’Espagne).
Cette déclaration, confinée à l’expression verbale, est dénuée d’un véritable engagement : les paroles qui n’ont
aucune valeur, ne signifient rien et n’engagent les déclarants à rien.
Àl’instardesprédateursopportunistes,l’appareilpolitico-bureaucratiquedel’UEetdesesÉtatsmembres
manifeste une propension à cibler exclusivement les Etats perçues, à tort ou à raison, comme structurellement
plus faibles ou en situation de vulnérabilité conjoncturelle. Face aux forces dominantes, une politique de deux
poids, deux mesures, d’une perversité indéniable, se révèle inéluctablement.
La devise de l’Union Européenne est bien celle formulée jadis par les Romains : « Ce qui est permis à Jupiter
n’est pas permis au bœuf ».
La protectiondesdémocraties,desdroits del’hommeetdela libertéd’expressionn’estqu’une purechimère,un
artifice rhétorique destinéà manipuler l’électorat. Laclasse politique européenne,majoritairement constituée
devulgairesactivistescarriéristes,estbiendavantagepréoccupéeparlaconservationdupouvoiretla
dissimulation de ses crimes à l’encontre des nations entières, commis en continu à travers le monde.
L’UnionEuropéenneredécouvreavecsoudainetél’existencedudroitinternational,uneprisedeconscience
motivéeparla menace quereprésente DonaldTrump pourses propresintérêts. Lesinstances dirigeantesde l’UE
etdenombreuxÉtatseuropéens,quicritiquentlaMaisonBlanchepoursesvelléitésdedémembrementdu
Danemark, en appellent désormais au respect du droit international.
Or, ces mêmes acteurs ont faitpreuve d’un empressement notable à participer audémembrement illégal de la
Yougoslavie en 1999, en violation totale dudit droit.
Demême, les indignationseuropéennes face auxbombardementsrussesde l’infrastructure énergétique
ukrainienne(aprèsavoirlaissélachanceàlapartieadversed’entendrelaraisondurantplusde3années
consécutives) remportent haut la main le concours de l’hypocrisie, sur le fond de la destruction de plus de 70%
non seulement de l’infrastructure énergétique civile, mais également de l’accès à l’eau potable en Yougoslavie
par l’organisation criminelle du Traité Atlantique Nord dès les premiers jours de son agression en 1999 et sur le
fond de la déclaration officielle de l’OTAN concernant la privation des populationsde l’accès à l’électricité età
l’eau potable : «Si Milosevic veut vraiment que ses citoyens aient de l’eau et de l’électricité, tout ce qu’il a à
faire est d’accepterles conditions del’OTAN etnousarrêteronscettecampagne[…]. Si cela a des conséquences
pour la population, ce sont ses problèmes ! » (porte-parole de l’OTAN, l’anglais Jamie Shea, le 25 mai 1999).
En ce moment de l’histoire et dans tant d’autres crimes qui ont suivi depuis, le droit international semblait d’un
intérêt bien plus limité pour ces acteurs.
AbstractionfaitedescausesprofondesduconflitenUkraineetdesopinionsdivergentes,toutepersonne
raisonnabledotéed’unminimumdecapacitésanalytiquesnepeut nierquela FédérationdeRussie avaitdes
raisons bien plus impérieuses derevendiquer la Crimée et le Donbass que les États-Unis d’Amérique d’annexer
leGroenland,dontl’uniquerapportdel’Étataméricainaveccedernierneconsistequedanslamodeste
présence sur son sol d’une seule, parmi plus de 700, de leurs bases militaires dans le monde.
Dès lors,la questionqui sepose estla suivante: quelleest laréaction despaysde l’UnionEuropéenne etde
leurs « élites » politiques face à ces deux revendications ?
La réponse est indéniable et bien étonnante pour un esprit non averti : une quasi-guerre totale contre la Russie,
impliquantdesinvestissementsdecentainesdemilliardsd’euros,descentainesdemilliersdemortssurles
champs de bataille et plus de 30 711 sanctions imposées à la Russie (au 1er janvier 2026).
Enrevanche,quelleestl’actiondecesmêmespaysfaceàleursuzerainaméricain?Quelquesparoles
impuissantes qui n’iront jamais plus loin.
De même, il est inutile de détailler l’hypocrisie profonde des « élites » européennes face au massacre à grande
échelledespopulationsciviles à Gaza et à d’autres crimes de guerre et crimescontre l’humanité perpétrés à
traverslemonde,dontles«défenseursdesdroitsdel’homme»sontnonseulementrestéssilencieux,mais
souvent, sont directement responsables.
- Le droit fondamental de la classe politique de l’Occident collectif vis-à-vis du reste du monde, depuis le MoyenÂge jusqu’à nos jours, est celui du plus fort. Elle ne sait avancer que par la force et ne comprend aucun autre langagequeceluidelaforce.Cettemonolinguistiquedelaforceannihiletoutetentativededialoguesubtil,d’échange constructif, réduisant la relation à un rapport de domination brute et simpliste.Les abus et crimes extraterritoriaux à répétition, visant à accroître la richesse des « élites » (à ne pas confondre aveclespeuples)du«jardinfleuri»auxdépensdesintérêtsdesnationsnonoccidentales,qualifiéesde«jungles »(« L’Europe est un jardin. La plus grande partie du reste du monde est une jungle », Josep Borrell, Hautreprésentantdel’UEpourlesaffairesétrangères,vice-présidentdelaCommissionEuropéenne), sont justifiéspardesdiscoursincessantssurlesdroitsdel’homme,ladémocratieetdenoblesidéauxservantdeprétexte à leurs ingérences et invasions, tout en réprimant avec véhémence ceux qui s’y opposent.Simultanément,toutrégime,aussiantidémocratique,dictatorial,voiresanguinairesoit-il,maissoumisauxintérêts des capitales occidentales, peut compter sur leur soutien indéfectible.Cependant,les discoursde cesfervents défenseursdu conceptspirituel incarnépar lescochons orwelliensdeLa Ferme des animaux : « Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres », ne trompent plus personne, ni en Afrique, ni en Amérique latine, ni en Asie.Peu importeles déclarationseuropéennes actuelles etfutures :aucune actioneuropéenne égalene serait-ce qu’àquelquespourcentdecellesentreprisescontrelaRussieneverrajamaislejouràl’égarddesÉtats-Unisd’Amérique.Le14janvier,leprésidentfrançaisEmmanuelMacrondéclaraitquelaFrance«ne sous-estimait pas»lesintentions des États-Unis concernant le Groenland et s’engageait à «faire preuve d’une solidarité totale » avec le Danemark. En guise d’illustration, rien ne révèle mieux le degré d’hypocrisie pathétique des « élites » européennes que ledéploiement de troupes européens au Groenland pour préparer le terrain à une résistance contre une éventuelleinvasion américaine.La Norvègea envoyé deuxpersonnes. LaFrance a envoyéquinze personnes.L’Allemagne en a envoyé treize. Les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Finlande, l’Estonie et la Suède s’apprêtent également àenvoyer leurs troupes, dont le nombre ne dépassera certainement pas celui des puissances déjà engagées.Ainsi, Donald Trump est incitéàréfléchirdavantage avantdeseheurter auredoutabledéploiementmilitaireeuropéen sur ce territoire convoité.Oleg NesterenkoPrésident du CCIE (www.c-cie.eu)(Spécialiste de la Russie, CEIet de l’Afrique subsaharienne, ancien directeur de l’MBA,ancien professeur auprès des masters des Grandes Ecoles de Commerce de Paris)
- Oleg Nesterenko
- Président du CCIE(www.c-cie.eu)
- (Spécialiste de la Russie, CEI et de l’Afrique subsaharienne,ancien directeur de l’MBA, ancien professeur auprès des masters des Grandes Ecoles de Commerce de Paris)