• O.W. (lefigaro.fr) avec agences
    11/11/2008 | Mise à jour : 17:16 |

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    Des militaires français le 26 juin 1994 au Rwanda.
    Des militaires français le 26 juin 1994 au Rwanda.

    Après l'arrestation d'une proche du président Kagame, le Rwanda s'apprêterait à émettre des mandats d'arrêt contre contre des responsables français mis en cause par Kigali dans le génocide de 1994.

    Deux jours après l'arrestation de Rose Kabuye, le Rwanda s'apprêterait à émettre des mandats d'arrêt contre des responsables français mis en cause par Kigali dans le génocide de 1994. Une nouvelle étape dans la bataille judiciaire entre le Rwanda et la France, débutée en novembre 2006 lors le juge français Jean-Louis Bruguière lança des mandats d'arrêt contre neuf responsables rwandais proches du président actuel, dont Rose Kabuye. La France les soupçonne d'avoir participé à l'attentat contre l'ancien président Habyarimana, considéré comme le point de départ du génocide.

    Mardi, une source au parquet général du Rwanda a révélé à l'Agence France-Presse, sous couvert d'anonymat, que la justice mettait la dernière main aux actes d'accusation contre 23 des 33 responsables civils ou militaires français mis en cause dans un rapport d'une commission d'enquête rwandaise rendu public le 5 août dernier. «Les actes d'accusation sont en train d'être finalisés, les mandats d'arrêt peuvent être lancés à tout moment», a ajouté cette source, qui n'a pas précisé l'identité des responsables français visés.

    Ce rapport accuse la France d'avoir été «au courant des préparatifs» du génocide de 1994, d'avoir «participé aux principales initiatives» de sa mise en place et «à sa mise en exécution». Au total, 33 dirigeants politiques et responsables militaires français de l'époque y sont nommément cités. Au rang des 13 dirigeants français incriminés, figurent notamment le président français à l'époque des faits François Mitterrand, le premier ministre Edouard Balladur, le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé, son directeur de cabinet Dominique de Villepin ou encore le secrétaire général de l'Elysée Hubert Védrine.

    Réagissant à ces accusations, le ministre français de la Défense Hervé Morin les avait alors jugées «absolument insupportables» et avait assuré que les militaires français n'avaient «rien à se reprocher». Une position adoptée depuis le début par la France qui a reconnu des «erreurs» dans sa politique rwandaise, mais a toujours récusé les accusations lui faisant porter une responsabilité dans les massacres. Environ 800.000 personnes, selon l'ONU, essentiellement parmi la minorité tutsi et les Hutu modérés, avaient été tuées pendant le génocide d'avril à juillet 1994 au Rwanda, planifié et exécuté par les extrémistes hutu.

    Mis en cause dans le rapport rwandais, dix officiers français ayant participé à l'opération militaro-humanitaire Turquoise e 1994, ont porté plainte en diffamation devant le tribunal de grande instance de Paris le 5 novembre dernier. Parmi les plaignants figurent cinq généraux, dont Jean-Claude Lafourcade qui a commandé cette opération militaire française, et cinq colonels.

     

    L'annonce mardi du parquet rwandais est une étape de plus dans l'escalade judiciaire entre les deux pays. En novembre 2006, date de la signature des neuf mandats d'arrêt, le juge Bruguière avait également réclamé des poursuites contre l'actuel président rwandais Paul Kagame pour sa «participation présumée» à l'attentat contre l'avion de M. Habyarimana. Les démarches du juge Bruguière avaient provoqué la fureur du Rwanda, amenant Kigali a rompre fin novembre 2006 ses relations diplomatiques avec Paris.

    Un mois tout juste avant la parution du rapport accusateur, début juillet 2008, Paul Kagame avait de nouveau haussé le ton, menaçant de faire inculper des ressortissants français pour le génocide si les tribunaux européens, et notamment français, n'annulaient pas les mandats d'arrêt émis contre des responsables rwandais. D'où, la colère du régime rwandais après l'arrestation de Rose Kabuye dimanche en Allemagne. Mardi, le président rwandais Paul Kagame lui a rendu visite dans sa prison de Francfort, pour marquer sa désapprobation. «Le président a constaté qu'elle (Rose Kabuye) se porte bien et qu'elle est psychologiquement prête à faire face à cette injustice», a rapporté Radio Rwanda. Rose Kabuye, actuelle directrice du protocole présidentiel rwandais, qui devrait être extradée prochainement vers la France, est la première des neuf responsables recherchés par la France à avoir été arrêtée.