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BRAZZAVILLE, 17 juil (IPS) – Le candidat opposant Mathias Dzon a déposé vendredi à la Cour constitutionnelle, à Brazzaville, un recours en annulation du scrutin présidentiel, par le biais de son avocat, Ambroise Hervé Malonga, déclarant à IPS : « Je l’ai fait pour prendre date avec l’histoire, je sais que la cour va rejeter cette requête ».

Le président candidat Denis Sassou Nguesso «est élu avec 1.055.171 voix, soit 78,61 pour cent des suffrages exprimés», selon les résultas de l’élection présidentielle de dimanche, proclamés mercredi par Raymond Mboulou, ministre congolais de l’Administration du Territoire, annonçant ainsi la réélection du président sortant, avec un taux de participation au scrutin de 66,49 pour cent.

Aussitôt l’annonce faite, des Brazzavillois sont descendus nombreux dans les rues, avec klaxons sonores, savourant la victoire de leur candidat, réélu sans surprise. Le soir, Sassou Nguesso a appelé la classe politique à l’unité et à la concorde nationales. «Aux acteurs politiques, toutes tendances confondues, je voudrais que les jouxtes électorales soient désormais derrière nous», a-t-il dit, ajoutant que «cette victoire n’est pas une victoire d’un camp sur un autre».

Mais, l’opposition a aussitôt contesté cette victoire. Chassés du parlais du parlement de Brazzaville où ils allaient tenir une conférence de presse, les opposants ont organisé une marche. Ils ont, là aussi, été dispersés par la police qui a tiré des bombes lacrymogènes, avant d’échanger quelques coups de feu avec la garde des candidats de l’opposition. D’après les opposants, deux personnes ont été blessées et se trouvent actuellement à l’hôpital à Brazzaville.

«Cette manifestation n’était pas autorisée par le préfet de Brazzaville», la capitale congolaise, explique Jean Aïve Alakoua, porte-parole de la police, déplorant «un blessé léger».

Vendredi soir, les opposants ont accusé, dans une déclaration publiée à Brazzaville, les éléments de la garde présidentielle d’être les auteurs de « ces exactions ». « Ils étaient habillés en tenue de policier », a affirmé Dzon à IPS.

Deux jours avant, les observateurs de l’Union africaine (UA) et de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC) avaient appelé «tous les candidats à accepter les résultats des urnes».

«La classe politique congolaise ne peut pas reconnaître ces résultats. En tout cas nous, à l’opposition, nous ne les reconnaîtrons pas, parce qu’il n’y a pas eu véritablement élection dans notre pays», a vivement réagi à IPS, Dzon, un candidat de l’opposition qui avait appelé au boycott du scrutin, et qui a obtenu 2,30 pour cent des suffrages.

Le candidat Joseph Kingoumbi Kia Mboungou, est, comme en 2002, deuxième, avec 7,48 pour cent.

«Nous l’avons déjà dit dans nos déclarations, le vote a été un fiasco, avec près de 95 pour cent d’abstention. Monsieur Sassou et son gouvernement devraient tirer la leçon de ce désaveu populaire cinglant», a déclaré également à IPS, Guy Romain Kinfounsia, un autre candidat de l’opposition, qui a obtenu 0,87 pour cent de voix.

Pour les opposants, la déclaration de ces deux organisations africaines ne reflète guère la réalité. «Que ça vienne de l’UA, c’est une catastrophe; que ça vienne de la CEEAC, c’est aussi une catastrophe. Parce que dire les choses ainsi et avoir été à Brazzaville, c’est une catastrophe. Que l’UA aille faire son numéro ailleurs», a fustigé Dzon.

«Nous reconnaissons la victoire du président réélu, mais les chiffres avancés par le ministre Mboulou étonnent. Il n’y avait pas autant de gens», s’est pour sa part, indigné Jean Baptiste Bouboutou, directeur de campagne du candidat Nicéphore Fylla de Saint Eudes, arrivé troisième avec 6,98 pour cent des voix.

«Il est réélu, c’est vrai, mais grâce au désordre de l’administration électorale», a dénoncé Anguios Nganguia Engambe, un autre candidat malheureux, avec 0,30 pour cent des suffrages.

Dans un communiqué, les 350 observateurs du Forum de la société civile pour les élections libres et transparentes, basé à Brazzaville, ont noté une «participation continue des électeurs mais sans affluence, timide dans certaines localités et plus importante dans d’autres». Le Forum a également constaté «la présence importante de la force publique dans les centres de vote», appelant par ailleurs le gouvernement à «fournir davantage d’efforts pour fiabiliser le fichier électoral».

«Nous sommes venus voter pour la paix. Il faut que notre pays soit calme », a expliqué un habitant de Bacongo, un quartier de Brazzaville.

Deux organisations non gouvernementales basées à Brazzaville, l’Observatoire congolais des droits de l’Homme (OCDH) et l’Association pour les droits de l’Homme et l’univers carcéral (ADHUC) sont unanimes : le vote a été peu crédible. «La participation ne peut pas atteindre les 20 pour cent. Le vote a été peu crédible, émaillé de fraudes massives», a dénoncé à IPS, Roger Bouka Owoko, directeur exécutif de l’OCDH, qui avait déployé 47 observateurs dans le pays.

«Cela été un fiasco, pas moins de 15 pour cent de votants», a martelé, de son côté, Loamba Moke, président de l’ADHUC.

Pour Bouka Owoko, des milliers de personnes n’ont pas pu voter dans les districts de Kinkala, de Kindamba et de Mindouli, dans le département du Pool, au sud. «Elles ont été empêchées par des miliciens ninjas. Personne n’est sorti», a-t-il indiqué.

Cette information a été confirmée à IPS par Ané Philippe Bibi, porte-parole du pasteur Frédéric Ntumi. «Le révérend ayant appelé au boycott, les ninjas (contrôlés par Ntumi) l’ont mal interprété, interdisant à toute personne de s’approcher des urnes. Il n’y a pas eu vote, sauf là où y avait des militaires qui ont fait le bourrage des urnes», a-t-il révélé.

Mais, pour le préfet du Pool, Jean Michel Sanga, «le vote s’est bien déroulé. Tout ce que l’on dit, c’est une simple intoxication». Interrogé par IPS sur le taux de participation de 66,49 pour cent annoncé par le gouvernement, Dzon a affirmé que «c’est le résultat des bourrages des urnes par les militaires». Il a ajouté : «Nous avons placé, hors de chaque bureau de vote, des témoins qui ont tout vu».

Au pouvoir entre 1979 et 1992 lorsqu’il avait été battu aux élections par le Pascal Lissouba, le président Sassou Nguesso est revenu à la tête du Congo à la suite d’une sanglante guerre civile en 1997. Il a organisé et remporté à plus de 89 pour cent les élections en 2002. Aujourd’hui, il est réélu pour un nouveau mandat de sept ans. (FIN/2009)

 

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Posté par rwandaises.com