Le procès intenté à Vital Kamerhe, accusé d’avoir, en tant que directeur de cabinet du président Tshisekedi détourné quelque 50 millions de dollars a tenu tout le Congo en haleine. D’un bout à l’autre du pays, via les réseaux sociaux et la retransmission en direct des séances, tous les Congolais ont pu suivre la descente aux enfers de l’un des hommes les plus puissants du pays, qui appartient déjà à l’histoire des 25 dernières années.
Le verdict vient de tomber, il est implacable : le tribunal de Grande Instance de Kinshasa a condamné Vital Kamerhe et Samih Jammal à vingt ans de travaux forcés et dix ans d’inégibilité dans le cas du premier, confiscation des fonds se trouvant sur les comptes bancaires et biens acquis avec les fonds détournés. Ce que l’on appelle déjà le procès des 100 jours est passé à l’histoire et même si les intéressés iront en appel, le mal est fait et la carrière politique de Vital Kamerhe, qui n’a jamais cessé de proclamer son innocence, s’est probablement arrêtée.
Tous ceux qui déplorent la corruption en la mal gouvernance en RDC, qui soulignent sans relâche le côté immoral, scandaleux, de la « valse des millions » qui caractérise le pouvoir de ce pays, où les députés viennent encore de voter, en toute légalité, une augmentation substantielle de leur salaire, ne peuvent que se réjouir de ce précédent et espérer qu’il serve de leçon.
Cependant, depuis le début, ce procès suscite le malaise, ne serait ce qu’à cause de la mort mystérieuse du juge Raphaël Yanyi : au deuxième jour de l’instruction, ce magistrat réputé pour son intégrité avait succombé à ce que l’on croyait d’abord être un empoisonnement mais que les experts viennent d’attribuer à un choc sur la tête et cela alors que, dès sa sortie du tribunal, le juge n’avait plus quitté son domicile et que ses gardes du corps ne l‘avaient pas lâché. Qui donc dérangeait il à ce point ?
Le malaise est aussi suscité par la personnalité de l’accusé principal : Vital Kamerhe directeur de cabinet de Tshisekedi, ne pouvait pas prendre seul la décision d’affecter de telles sommes . En outre, il faut se rappeler que cet homme qui entra en fonctions du temps de Laurent Désiré Kabila assurait voici quelques mois non sans morgue « j’ai créé Joseph Kabila, j’ai fait Félix Tshisekedi » Autrement dit, l’ex-président Kabila, avant de rompre avant le patron de l’UNC (Union pour la nation congolaise) lui a été redevable et les deux hommes partagent bien des secrets. Quant à l’actuel chef de l’Etat, il sait que Kamerhe a été l’artisan de la coalition Cach qui l’a mené au pouvoir. On se demande aujourd’hui qui, de l’ancien ou du nouveau président, est le plus atteint par la disparition de cet homme clé, et même lequel des deux a encouragé la manœuvre…
Il apparaît probable aussi que les Etats Unis ont fortement encouragé le recours à la « république des juges ». S’il ne s’agît que d’une « Opération mains propres », de lutte contre la corruption, on ne peut que peut s’en réjouir et féliciter ses protagonistes, en leur demandant cependant d’élargir le champ de leurs investigations, par exemple à certains citoyens américains actifs dans le domaine minier… S’il s’agît de mettre à l’écart un homme qui avait des ambitions présidentielles et avait péché par trop d’arrogance, il faut s’inquiéter de ces ingérences étrangères.
Mais surtout, à la veille du 60 e anniversaire de l’indépendance du Congo, on se demande quand s’arrêtera la kleptocratie de ces « élites » qui se succèdent à la tête du Congo, en suscitant toujours les mêmes attentes puis les mêmes déceptions…

http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/