Durant deux jours, les représentants des 53 pays africains auprès du FMI et de la Banque mondiale se sont retrouvés à Nouakchott. L’occasion d’exposer leurs doléances à l’égard des institutions de Bretton Woods. Et aussi d’aborder la question sensible des bailleurs de fonds non-conventionnels du Continent, au premier rang desquels figure désormais la Chine.
« L’époque où le Fonds savait tout et les autres rien est révolue ! J’ai besoin de vos avis et de vos commentaires. » Dans son discours inaugural, Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du FMI, a donné le ton. Elu à la tête de l’institution financière internationale en novembre dernier, il a plaidé pour un dialogue renforcé avec l’Afrique. Et a promis aussi plus de souplesse dans l’octroi des prêts.
Certes, le rôle premier du Fonds monétaire international est de veiller à la stabilité macro-économique des Etats et d’éviter que l’Afrique ne replonge dans un surendettement endémique. Mais l’annonce de Dominique Strauss-Kahn a reçu un accueil très favorable à Nouakchott. « Je me félicite de la décision du Fonds d’inclure plus de flexibilité dans ses pratiques, faute de quoi il privera l’Afrique de financements essentiels à son bon développement », estime Haja Nirina Razafinjatovo, ministre des Finances et du Budget de Madagascar.
Entrée en scène des pays émergents
Jusqu’à une période récente, le financement du développement en Afrique se faisait essentiellement par le biais des pays de l’OCDE et des institutions de Bretton Woods, spécialisées dans l’appui aux programmes sociaux. « Or, l’infrastructure en Afrique est très peu financée et les nouveaux bailleurs comme la Chine ou l’Inde sont disponibles pour nous aider ! », détaille Ousmane Kane, le gouverneur de la Banque centrale de Mauritanie.
« Ces financements sont bienvenus ! », s’exclame Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du Fonds monétaire international. Et d'ajouter : « Le problème, c’est que la Chine ou les pays du Golfe ont tendance à prêter à des taux d’intérêts plus difficiles pour les pays africains que le FMI ou la Banque Mondiale. Nous sommes donc là pour les conseiller et pour leur dire de se méfier de ce miroir aux alouettes ! »
Outre le risque de surendettement, ces nouveaux bailleurs sont souvent taxés de manque de transparence. Adeptes de formes de contrats inédites, comme par exemple le troc (matières premières contre infrastructures), les Chinois sont regardés avec circonspection par les bailleurs traditionnels.
Refusant de se prêter à la moindre polémique, le directeur de la Banque de développement de Chine, Chen Yuan, se retranche, lui, derrière un discours emprunt d’un volontarisme à toute épreuve. « La Chine souhaite aider les pays africains à atteindre l’autosuffisance alimentaire. Notre but est d’améliorer les conditions de vie des populations africaines », dit-il sobrement. Actuellement, la Banque de développement de Chine totalise un montant de 3 milliards de dollars d’investissements contractuels en Afrique.
La revanche de l’Afrique ?
Pas de doute, l’arrivée sur le continent africain de la Chine et plus généralement des pays émergents bouleverse les pratiques. Si certains s’en inquiètent, d’autres se montrent plus réalistes.
« L’émergence d’un nouveau type de bailleurs a un avantage énorme en terme de management, admet Mohamed el Hadi Khalifi, de la Banque Arabe pour le Développement Economique en Afrique (BADEA). Ces investisseurs ne viennent pas pour perdre de l’argent et ils ont tendance à mieux surveiller les exécutions de leurs projets. »
« De toutes façons, le Continent n’a pas le choix ! », estime de son côté un haut cadre de la Banque africaine de développement (BAD), Isaac Lobe Ndoumbe. « Sur les quinze prochaines années, l’Afrique va avoir besoin de 35 milliards de dollars d’investissements par an pour financer son développement. Les bailleurs traditionnels ne peuvent plus suffire ! »

Depuis le dernier sommet sino-africain de Pékin en 2006, la relation qu’entretient la Chine avec le Continent est plus que jamais au cœur de l’actualité économique. Ce qui ne manque pas d’interpeller les institutions de Bretton Woods. « Les deux types de bailleurs de fonds sont en concurrence bien sûr ! », affirme Abdallahi Ould Awah, professeur d’économie à l’université de Nouakchott. « La question est de savoir si l’Afrique sera capable de saisir l’opportunité que représente cette mise en concurrence… »
L’heure est peut-être à un réveil du Continent. « Les Africains doivent prendre possession de leur destin ! C’est à nous de dire au FMI, à la Banque Mondiale, mais aussi à la Chine, ou encore à l’Inde, comment nous voulons que nos relations évoluent dans l’avenir », indique avec confiance Neil Cole, directeur auprès du ministère sud-africain des Finances.
Chine : un bailleur non-conventionné du continent africain
Procédant parfois sous forme de troc, par exemple, matières premières contre infrastuctures, les bailleurs de fonds chinois sont regardés avec circonspection par les donneurs traditionnels qui n'hésitent pas à leur reprocher un certain manque de transparence