Démocratie : pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple. Le principe une fois rappelé, il importe de rappeler que formes autres que la démocratie libérale existent :
– La démocratie « populaire », qui n’est pas à jeter dans les oubliettes de l’Histoire avec le soviétisme stalinien;
-La « démocratie « participative », chère à la candidate Ségolène Royal en 2007.

Et les succès socio-économiques du pays des Mille collines reconnus par tous s’expliquent par le charisme d’un leader visionnaire et charismatique mais surtout par le choix du modèle participatif . Et celui-ci est d’autant plus adapté au Rwanda qu’il renoue avec la tradition d’un des rares Etats multiséculaires en Afrique. L’Agacaca, l’Umuganda (« travaux communautaires »), les « mihigo » ( « défis » ) à tous les échelons de la vie publique etc…en sont des exemples patents.
Ainsi donc si « la démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres », cessons de croire ou de prétendre que la démocratie « libérale » à l’occidentale est l’unique qui vaille. Et cela au nom du principe même de la démocratie, du pluralisme et de la tolérance.
Le dialogue national rwandais: comment s’inspirer du premier de la classe
Le dialogue national rwandais: comment s’inspirer du premier de la classeLe dialogue national rwandais Umushyikirano constitue une forme inédite de démocratie participative. Il maintient la dynamique remarquable de développement expérimentée depuis deux décennies. Le thème de son édition de décembre 2014, « Inclusivité, solidarité et unité », a fidèlement fait écho au concept de transformation.

Les pays qui sont capables de s’adapter et de transformer leurs économies n’attendent pas la venue de « vents favorables ». Ils suscitent en général les vents qui les pousseront à changer le cours de leur économie et de leur histoire malgré les écueils et les orages.

La Finlande a saisi l’opportunité qui lui était offerte par l’industrie électronique mondiale et le processus d’intégration européenne pour changer les structures de son économie. Le pays est resté relativement pauvre et agraire jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Au début du XIXe siècle, le Grand-Duché de Finlande, qui était alors un territoire semi-autonome dépendant de l’Empire russe,  a observé les avantages de l’industrialisation en Grande-Bretagne. À l’époque, la Finlande ne disposait pas encore des ressources financières, infrastructurelles ou entrepreneuriales nécessaires pour suivre l’exemple britannique. Profitant de la distraction des dirigeants à Saint-Pétersbourg, et par un processus politique interne concerté, la Finlande s’est engagée, contre toute attente, dans un programme de transformation qui l’a fait passer d’une société agraire à une société industrielle. Ce processus irréversible a principalement reposé sur la transformation des produits forestiers, leur exportation, l’apprentissage professionnel, l’amélioration progressive des connaissances technologiques et la productivité du travail. La Finlande a fait naître les vents qui l’ont poussée. Elle s’est appuyée sur ses atouts pour accroître ses ambitions et rattraper les pays les plus avancés. La pâte à papier et le papier finlandais ont été les sésames de son entrée dans les chaînes de valeur mondiales.

L’exemple de la Finlande est intéressant car le pays est le seul au monde à avoir fait de son secteur forestier le moteur de son économie. Plusieurs grandes entreprises de la filière du bois ont posé les bases d’un développement plus avancé, ce qui a permis à des jeunes gens brillants d’acquérir les connaissances et les compétences nécessaires pour accompagner la transition menant des produits du bois aux produits électromécaniques (baladeurs, magnétoscopes), et, ultérieurement, aux produits numériques (ordinateurs, réseaux, téléphones mobiles). Dans les années 1980, son modèle industriel montrant ses limites, la Finlande a décidé de devenir une « société de l’information ». Le pays dispose aujourd’hui du système éducatif le mieux classé au monde!

Nokia n’est pas seulement la marque la plus emblématique du pays, c’est aussi une ville. Les Finlandais se souviennent encore de l’époque où ils portaient les bottes en caoutchouc noires de Nokia, qui se distinguaient des marques de moindre qualité de la concurrence. Ces bottes ont hérité du nom de la ville où elles étaient fabriquées. Lorsque l’entreprise Nokia a fusionné avec des géants de la transformation du bois, le nouveau conglomérat issu de cette fusion a poursuivi son expansion pour finalement donner naissance au géant de l’électronique.

Aujourd’hui, même si Nokia rencontre des difficultés, sa réussite passée est à l’origine d’importantes réalisations en Finlande. Aussi stimulant que l’exemple de la Finlande puisse être pour le Rwanda, le nombre de ses habitants lui reste inférieur et son PIB par habitant lui est près de 100 fois supérieur. Il convient ainsi de noter que le retard pris par le Rwanda l’empêchera de suivre exactement la même voie que la Finlande. Ce retard présente toutefois des avantages. La créativité du Rwanda est à même de susciter un vaste éventail de collaborations et d’innovations entre le secteur public, le secteur privé et les instituts de recherche et développement. En d’autres termes, elle pourrait faire émerger des groupements dynamiques autour de son économie fondée sur les ressources naturelles. C’est un enseignement dont le Rwanda peut s’inspirer. L’adoption de la Politique nationale pour la science, la technologie et l’innovation, et la création du Fonds de dotation pour l’innovation du Rwanda sont des étapes nécessaires à l’établissement d’un environnement favorable au renforcement mutuel des politiques publiques, des institutions et des stratégies d’entreprise en vue de la transformation économique et institutionnelle du pays.

Permettez-moi maintenant de citer le célèbre Premier Ministre singapourien, Lee Kwan Yew, qui, le jour de l’indépendance de son pays, le 9 août 1965, prononçait les mots suivants :
« Chaque fois que nous penserons au moment de la signature du présent accord qui sépare Singapour de la Malaisie, notre cœur se serrera d’angoisse. C’est pour moi un jour d’angoisse car, durant toute ma vie… oui, toute ma vie d’adulte… j’ai cru à l’unité et à la fusion de ces deux territoires. Comme vous le savez, nous sommes, en tant que peuple, unis par la géographie, l’économie et les liens de parenté ».
Il s’excusait ainsi de n’avoir pas réussi à maintenir Singapour au sein de la Malaisie, la voix noyée de larmes et avec, aussi, un soupçon de rage. Il savait qu’un nouveau pays dépourvu de ressources naturelles et d’activités économiques importantes, hormis celles du port utilisé pour le commerce de l’opium, et entouré de nombreux voisins hostiles et puissants, serait difficile à gouverner.

Je ne m’étendrai pas davantage sur l’exemple singapourien, puisqu’il constitue déjà une référence pour le Rwanda. Je souhaiterais seulement mettre en lumière le rôle des dirigeants dans la création d’un « miracle national ». La force qui a mobilisé une nation entière contre le rejet a affermi sa détermination à changer le cours de son histoire et la situation de son peuple. Sans commettre une erreur historique en comparant les années 1965 et 1994, je crois qu’il existe des similarités entre Singapour et le Rwanda. Tout comme au Rwanda, c’est la bonne gouvernance qui a été à la base de la transformation économique de Singapour. Lee Kuan Yew a conduit les Singapouriens, durant une période agitée, sur une voie inédite de la transformation économique et sociale. Le gouvernement devait transformer l’économie de réexportation de régime colonial en une économie d’exportation. Contrairement à Hong Kong et Taïwan, Singapour n’a pas bénéficié de l’exode d’entrepreneurs chinois et ne disposait pas d’épargne intérieure. Les marchés régionaux s’apprêtaient même à imposer des barrières commerciales en vue de soutenir leurs industries nationales. Singapour a surmonté ces difficultés en faisant reposer son industrie manufacturière sur les investissements étrangers directs. L’épargne intérieure a également été mobilisée par des contributions obligatoires au Fonds de prévoyance central, un peu comme le Fonds Agaciro au Rwanda. Qui aurait pu imaginer que Singapour deviendrait le plus grand port d’Asie, possèderait la compagnie aérienne la plus rentable au monde et battrait la Suisse au rang des marchés financiers les plus attractifs ? Le Rwanda peut-il suivre cet exemple remarquable ? La discipline et la détermination de Singapour durant cette période sont, à bien des égards, fabuleuses. Le pays possédait ses propres modèles et normes en matière de gouvernance, et n’a jamais autorisé quiconque à lui donner de leçons sur les choix à faire. Le pays a été sévèrement critiqué et il a payé le prix fort, dès le début, mais, à la fin, c’est lui qui a remporté la mise.

Comme l’Uruguay, en Amérique du Sud, qui est entouré de deux géants (l’Argentine et le Brésil), le Rwanda est entouré de pays vastes et très peuplés. Lorsque l’Uruguay a subi, par contagion, les effets de la crise économique argentine, entre 1999 et 2002, son économie a régressé de 11 % tandis que le chômage a grimpé à 21 %. Devant l’ampleur des difficultés, le gouvernement du Frente Amplio (Front large), au pouvoir depuis 2004, a adopté une série de politiques favorables à l’investissement, et plusieurs programmes sociaux de redistribution. La croissance économique a progressé au rythme  remarquable de 6,7 % par an durant la période 2004-2008. Le pays a diversifié ses marchés d’exportation et, en 2005, il est devenu le premier exportateur de logiciels en Amérique du Sud. Des initiatives sont prises en vue de transformer le tissu social. Le gouvernement a par exemple lancé un Plan national pour les urgences sociales (PANES), d’un montant de 240 millions de dollars des États-Unis, qui fournit mensuellement à plus de 100 000 ménages en situation d’extrême pauvreté un transfert monétaire de 75 dollars, assorti de conditions. L’adoption de politiques sociales progressistes, associée à un cadre macroéconomique propice à l’investissement, a permis à la croissance d’atteindre 5,7 % ces dix dernières années, ce qui est beaucoup mieux que l’Argentine et le Brésil. La réussite de l’Uruguay repose en partie sur le fait qu’il possédait des atouts inexistants chez ses voisins : la prévisibilité, la simplicité et la fiabilité de ses services publics de première qualité. Le pays a transformé son environnement pacifique et sécurisé en un choix attractif pour les investisseurs intéressés, non pas par son marché, mais par ses voisins.

La réussite du Rwanda résulte en partie de la profondeur de ses idées, de sa capacité à l’autosuffisance, de sa résilience et de son aptitude à trouver des solutions locales, novatrices et reconnues à l’échelle mondiale, telles que les tribunaux Gacaca, les pratiques Imihigo, les médiations Abunzi, les initiatives Ubudehe et les programmes Girinka. À l’heure où les Rwandais célèbrent, comme ils le méritent, les réalisations accomplies, le nouveau défi à relever est celui de l’accélération du développement pour atteindre l’objectif de 11,5 % de croissance annuelle du PIB fixé dans son plan.

Bien que les vents lui soient défavorables, le processus de dialogue national offre une occasion unique d’examiner les possibilités de changer rapidement sa situation actuelle. Les transitions importantes qui doivent promouvoir des secteurs à plus forte croissance, tels que l’industrie et les services, doivent s’accélérer. Des politiques similaires à celles mises en place en Finlande pourraient engager le secteur des minéraux rwandais sur la voie de la transformation, comme ce fut le cas pour le secteur forestier finlandais. La Finlande est un modèle d’organisation en matière d’apprentissage, et c’est son environnement institutionnel qui modèle le fonctionnement de son économie, à savoir la manière dont les acteurs économiques dirigent leurs affaires et interagissent entre eux. Singapour a montré que l’adversité est le commencement d’un voyage, et non sa fin. L’Uruguay prouve que la petitesse peut, de manière imprévisible, susciter de grandes choses.

Le dialogue national contribue à l’élaboration d’arrangements institutionnels et de pactes sociaux entre administrateurs et administrés. Les changements sociaux doivent s’enraciner dans l’histoire culturelle, politique et économique du Rwanda pour pouvoir porter des fruits et durer. Il appartient à cet égard aux Rwandais de définir les modalités de la transformation économique qui les hissera au rang des pays industrialisés. La Vision 2020 a d’ores et déjà posé des jalons en ce sens, et appuyé les cadres stratégiques et de planification existants. Comme la Finlande, Singapour ou l’Uruguay, le Rwanda devra recenser les choix qui lui permettront de bâtir un avenir prospère pour tous lorsqu’il définira les modalités de sa transformation structurelle.

Le déséquilibre commercial du Rwanda reste important. Le pays doit, pour inverser la tendance, pratiquer un protectionnisme intelligent et tirer parti des perspectives commerciales offertes par les marchés régionaux sans sous-estimer les obstacles à venir. Le Couloir nord présente d’importants avantages. Il en va de même pour le solide programme d’intégration régionale du pays. Au-delà du marché régional, le Rwanda devrait se tourner vers les marchés émergents en produisant des connaissances sur les chaînes de valeur qu’il souhaite rejoindre.

Tout État qui vise le développement doit être fin stratège. Cela suppose que le Gouvernement rwandais contrôle, en toute transparence et compétence, son territoire géographique, et fasse preuve de capacités visionnaires stratégiques. Cela implique également que des consultations soient régulièrement menées avec les populations, dont la voix doit être entendue durant la formulation des politiques et l’allocation des ressources budgétaires.
La direction stratégique, la gestion intelligente et la performance commerciale sont les piliers de la transformation rwandaise. Le principe de bonne gouvernance, qui s’enracine dans les pratiques Abunzi, Ubudehe, Imihigo et Umuganda, offre au Rwanda un atout inestimable dans ses relations administrateur-administré. Les administrés, dans le cadre de leurs contributions au pays, doivent faire preuve de bon sens pour garantir que le processus repose sur un échange créatif visant l’amélioration. La diligence, la motivation et l’engagement des dirigeants établiront et maintiendront l’environnement propice à ces qualités. Les dirigeants ont la responsabilité d’accroître leur niveau de compétences en vue d’améliorer l’environnement de l’apprentissage qui a fait la réussite et la prospérité des autres pays. Le dialogue national constitue, à cet égard, un cadre de responsabilisation permettant d’évaluer honnêtement les principes guidant la relation administrateur-administré. Enfin, le courage et la foi sont d’autant plus indispensables que les résultats pourraient se faire attendre. La transformation structurelle peut prendre plusieurs générations. Pour résister à l’épreuve du temps et tenir le cap, il importe que la relation administrateur-administré repose sur un pacte solide. Les expériences de la Finlande, de Singapour et de l’Uruguay montrent que la réussite est une responsabilité individuelle et collective.

Chaque pays doit trouver la voie de son développement en identifiant son meilleur atout à chacune des phases de sa transformation. La prévisibilité peut s’avérer la caractéristique la plus précieuse à un moment donné ; l’inclusivité, à un autre moment ; et la sécurité, à un autre moment encore, et ainsi de suite. De nombreux éléments contribuent à la réussite du développement, mais ce n’est pas un jeu à somme nulle. Le processus est à la fois complexe et unique. À cet égard, le Rwanda nous montre qu’il sait où il va.

http://www.uneca.org/fr/es-blog/le-dialogue-national-rwandais-comment-s%E2%80%99inspirer-du-premier-de-la-classe

Posté le 23/07/2015 par rwandaises.com